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Renforcer la capacité des musulmans à promouvoir leurs droits

Le lecteur trouvera ci-dessous mon guide Comment développer une stratégie de plaidoyer efficace, qui représente un véritable outil méthodologique à destination des associations musulmanes désirant entrer dans une démarche de changement.

Ce guide, qui a pour objectif de lutter contre l’islamophobie par une stratégie de plaidoyer, possède une histoire, que je détaille ci-dessous.

Sa réalisation a bénéficié du soutien de la Fondation Open Society, dans le cadre de la campagne Islamophobia in Europe, pour la période 2014-2015, dont on trouvera tous les détails à l’adresse suivante : www.opensocietyfoundations.org.

Les personnes ou les structures souhaitant se renseigner sur les subventions à projet de la fondation trouveront des renseignements au lien suivant : Opensoociety/grants.

fichier pdfGuide OSI Islamophobie FR

 

Une situation critique en France

Le terme d’islamophobie s’est imposé dans le débat public français depuis plus de 10 ans, et il renvoie à trois phénomènes qui ont été en grande partie analysés, à ce jour :

            – l’expression publique d’une peur ou d’une aversion pour la religion dans le débat public français, qui renvoie à la liberté de tout un chacun d’exprimer son opinion vis-à-vis de tout système religieux ou idéologie;

            – le propos raciste ou vexatoire qui consiste à dénigrer de manière explicite une personne du fait de son appartenance à l’islam ;

            – la discrimination directe ou indirecte à l’encontre des personnes musulmanes, dans l’emploi ou dans l’accès aux biens et aux services, y compris l’entrave à la pratique religieuse, en lien ou indépendamment de leur attribut de visibilité musulmane.

Il a fallu que deux chercheurs, Abdelali Hajjat et Marwan Mohammed, publient en 2011 un livre intitulé L’islamophobie en France, enjeux théoriques et méthodologiques pour que le terme soit enfin doté d’une charge conceptuelle plus affinée, avec désormais un séminaire qui lui est consacré au sein de l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) depuis la même année. Parallèlement, Amnesty International et la Commision Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) ont publié récemment deux rapports pointant du doigt la montée inexorable de quatre phénomènes :

-      le développement d’un discours politique ouvertement anti-musulmans ;

-      la stigmatisation des éléments de l’islamité visible, en particulier le port du voile ;

-      la persistance de pratiques arbitraires dans le traitement des demandes et/ou des droits des musulmans, sous couvert de laïcité ;

-      la discrimination à l’emploi qui touchent particulièrement les musulmans ayant une islamité visible.

On pourra ajouter à cette typologie les agressions physiques à l’encontre des musulmans, qui ne cessent d’augmenter ces dernières années. Depuis 2010, les pouvoirs publics français éditent des statistiques concernant les actes islamophobes, en lien avec l’Observatoire de l’islamophobie. De son côté, le Comité Contre l’Islamophobie en France (CCIF) édite chaque année un rapport sur les actes islamophobes en France. Ces différents organismes n’ont pas exactement la même définition, ni le même mode de comptabilisation des actes islamophobes ; cependant, quel que soit le mode de comptabilisation, tous les indicateurs convergent vers une forte hausse des actes islamophobes sur les trois dernières années, avec une forte augmentation des attitudes arbitraires à l’encontre des musulmans.

Un plaidoyer et non du lobbying

Les musulmans partagent, avec d’autres populations, comme les Roms et les Gens du voyage par exemple, un déficit dans leur capacité à développer des dynamiques concertées dans le cadre d’un plaidoyer au plan national comme local, ou d’actions de sensibilisation aux discriminations qui les touchent. Mon objectif est de renforcer l’action des acteurs musulmans locaux en faveur de leurs droits. C’est pour cette raison que je privilégie une action en direction des acteurs locaux musulmans, en partant d’une approche réaliste. J’entends par là le fait que ces acteurs soient capables de déterminer les leviers de transformation de l’image dépréciée des musulmans vers une image positive, au sein de leur environnement local, condition sine qua non d’une véritable transformation de leur rapport à l’environnement. Il y a deux points à mentionner ici :

-      Ma démarche s’inscrit dans une volonté de cohésion avec la démarche juridique du CCIF. Celui-ci a édité un “guide pratique” très pertinent à destination des musulmans. Pour ma part, mon action est centrée sur la transformation des représentations négatives à l’encontre des musulmans dans leur environnement immédiat ;

-      J’ai choisi de ne pas travailler sur la question de la discrimination à l’emploi. J’ai eu l’occasion d’aborder cette question au sein du groupe de travail que j’ai encadré, pour ENAR (European Network Against Racism), de 2010 à 2012, et à travers lequel nous avons créé un outil pour le management de la diversité, appelé Holistic Diversity Management certificate. Je pense en effet que les actions dans le domaine de l’emploi relèvent d’une démarche spécifique qui doit être portée par des organismes agissant directement au plan national et européen, tels qu’ENAR ou les grandes associations françaises de lutte contre les discriminations à l’emploi.

De mon point de vue, il est utopique de croire que la discrimination qui touche les musulmans dans l’emploi, par exemple, sera facilement résorbée, car le phénomène réfère à une vision dépréciée du musulman qui s’ancre dans un imaginaire et une histoire spécifiques. C’est la même chose pour l’abrogation de la loi du 15 mars 2004 interdisant le port du voile à l’école, il est difficile d’impulser une dynamique qui puisse rapidement être relayée auprès des responsables politiques nationaux afin de parvenir à sa suppression, même si cet objectif peut être atteint à long terme.

Par contre, je pense que des dynamiques d’actions pour “normaliser” la visibilité des musulmans et agir sur les mentalités, dans un environnement local maitrisé, est tout à fait possible. Mon ambition est donc d’impulser une véritable théorie du changement, en systématisant les “bonnes pratiques” dans un guide méthodologique. Ce guide permettra de renforcer la capacité des musulmans à éliminer les pratiques arbitraires auxquelles ils sont confrontés dans leur vie locale.

Les objectifs au plan pratique

Il s’agit de recenser les bonnes pratiques d’acteurs musulmans locaux, pour le respect de leur islamité visible et l’élimination des pratiques arbitraires à leur encontre, afin d’élaborer un guide méthodologique, à partir des trois domaines suivants, dans lesquels les musulmans s’exposent facilement à des pratiques arbitraires :

-      la participation des femmes musulmanes voilées à la vie scolaire, au regard des pratiques arbitraires d’exclusion dont elles sont victimes ;

-      le respect des convictions religieuses musulmanes dans la restauration scolaire collective, au regard de l’imposition aux élèves musulmans d’accepter de la nourriture carnée dans leur assiette ;

-      les entraves à la construction, à l’agrandissement ou à la relocalisation de mosquées, au mépris des dispositions légales.

J’ai choisi ces trois domaines pour deux raisons :

-      la première est que ces domaines concernent directement la vie sociale locale, et la manifestation de l’islamophobie a pour conséquence un effacement de l’islamité visible dans le champ social. Il y a donc un enjeu fort, ici, en terme de préservation du vivre-ensemble ;

-      la seconde est que les situations auxquelles renvoient ces domaines ne peuvent pas être traitées uniquement par le volet juridique. Elles nécessitent également une réflexion des acteurs locaux musulmans sur leur capacité à transformer l’image dépréciée dont ils peuvent être victimes. Il y a donc un enjeu fort, ici, en terme de stratégie d’action et de bonnes pratiques.

Les résultats attendus

Je vise trois résultats qui permettront d’atteindre les objectifs de ce projet :

-      la capacité des associations musulmanes ciblées dans le projet à adopter une véritable démarche stratégique pour être capable d’agir contre l’islamophobie. C’est un point faible que l’on constate de manière concrète, notamment à travers des lacunes dans l’ingénierie opérationnelle de nombreuses associations, mais également dans la capacité à analyser leur rapport à leur environnement immédiat;

-      le développement d’un réseau d’acteurs associatifs musulmans et non musulmans, comprenant les acteurs de changement ;

-      la capacité des associations musulmanes à impulser une sensibilisation des acteurs politiques locaux et à sensibiliser leurs députés afin qu’ils relaient leur plaidoyer au niveau national.

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