Quand j'étais imam

10 Et l’imam circoncis fut consacré

Ce fut un an et demi de flottement, au cours duquel la majorité des anciens quitteront la mosquée, iront prier dans les lieux de culte des cités voisines, nous accusant un peu partout de les avoir trahis et évincés de la mosquée. Dans de telles circonstances, il n’est pas aisé de tenir le rôle du leader ; je voyais ces visages marqués par des années de travail dans les mines du valenciennois, ces corps à la force déclinante que nous avions meurtris à nouveau. La consigne était claire ; les Frères avaient l’ordre de ne pas polémiquer avec les anciens présents à la mosquée, de répondre à leurs doléances, et nous allions à la rencontre des autres anciens, dans la cité, pour les inciter à revenir prier à nos côtés. Combien de discussions avons-nous eues en pleine rue, parfois devant la mosquée, avec ces anciens qui nous faisaient mille et un reproches : « hchouma lli dirtou, 3lèch jritou 3lina bihad triqa ! » – ce que vous avez fait est honteux, pourquoi nous avez-vous évincés de la sorte ? -, nous tentions alors de les inciter à revenir en leur assurant que leur parole serait prise en compte.

Je me souviens d’un moment de grande tension au sein du groupe frériste, lorsqu’un membre en tension avec un des leaders parmi les anciens, refusait de se mettre en rang lorsque cet ancien présidait la prière et, attendant au fond de la salle la fin de l’office, il se levait en compagnie de quelques autres jeunes pour célébrer la prière ensemble, en signe de défi. Lors d’une réunion de concertation en présence de mon mentor, je me suis emporté violemment contre ce Frère en mettant quiconque au défi de me prouver sur quel fondement tangible pouvait relever une telle attitude ! Au final, il nous faudra près d’une année et demi pour que l’ensemble des anciens revienne prier à la mosquée, une période au cours de laquelle nous avons réorganisé progressivement les activités et l’administration de la mosquée. L’achèvement de cette étape résidait cependant dans la prise en charge du prêche afin qu’un discours, en français et s’inscrivant dans nos orientations, puisse être diffusé. Waouh, s’arroger une prérogative dévolue aux anciens depuis près de 20 ans, c’était chaud tout de même ! En plus, mettre en avant un musulman qui n’en restait pas moins, aux yeux de certains, un converti d’origine gaourie – terme usité en arabe pour désigner l’origine européenne – c’était encore plus chaud ! Et pourtant nous l’avons fait…

Je me souviens comme si j’y étais à l’instant de cette scène surréaliste, en plein vendredi, alors que l’heure de l’appel à la prière arrivait. Je m’y étais préparé durant plusieurs jours ; j’avais complètement rédigé mon prêche en arabe et en français, pour être sûr de ne pas trop bafouiller, et quelques anciens qui nous soutenaient avaient été prévu, notamment le hajj qui avait coutume de célébrer l’office. Mais j’avoue que je ne m’attendais pas à cette question qui me fut posée, devant une assemblée d’au moins une centaine de personnes… Dans un silence pesant, et alors que les anciens avaient compris que je m’apprêtais à monter sur la chaire pour que l’appel à la prière puisse être effectué, Ssi Tahar me fixa du regard et me demanda, tout simplement : « Ssi ‘Omar bghit nsaqsiq wahd hâja, wash nta moutahhar oula llà ? » – Ssi Omar je voudrais te poser une question, tu es circoncis ou pas ? …

Sur le coup, j’étais un peu surpris de la question, mais je lui répondais aussi simplement : « Ahh Ssi Tahar, ‘lla bghiti tkhoj ma3iya bach nwerrek, ana ma3andi tta mouchkil » – Ssi Tahar, si tu veux sortir pour que je te montre, aucun souci pour moi… Je le revoie encore me faire de grands gestes en me répétant « Llaa, llaa ! » – non, non ! – je savais alors que ma carrière d’imam était belle et bien entamée, et je montais fièrement sur la chaire en embrassant du regard l’assemblée. Ma fonction d’imam me conduira à effectuer pas loin de 150 prêches, à accompagner nombre de personnes et de familles affrontant mille et une questions d’ordre religieux ou social, cela jusqu’à ma démission de l’UOIF et de l’ensemble de mes mandats et fonctions le 24 mai 2004, mais ceci est une autre histoire…

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